Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 21:31

Certains économistes commencent à militer ouvertement pour une sortie de l'euro, allant jusqu'en préciser les modalités qu'ils qualifient de "démontage".

 

SCHOT_euro-terminus3.jpg

La réintroduction des monnaies nationales se ferait avec des parités d'échange calculées en fonction du différentiel d'inflation et des échanges extérieurs... sur la base du volontariat des pays intéressés. Volontariat alors qu'échouent les manoeuvres les plus simples comme d'octroyer une dotation de moyens supplémentaire au parachute européen FESF '"Default" ou "monetarize"? 50/50 !

 

De telles positions- extraordinairement naïves- pourraient prêter à sourire si elles n'étaient pas reprises par la mouvance politique souverainiste.

Une version plus élaborée est mise en oeuvre par la Frankfurter Allgemeine Zeitung qui répond à un concours d'idées lancé en Angleterre sur la façon de sortir de l'euro : elle montre que ce serait faisable mais risqué et coûteux notamment au niveau du risque de faillite bancaire (plus de détails ici : link). Il ne s'agirait pas de revenir aux monnaies nationales, mais de créer des zones monétaires différenciées au sein de l'euro.

 

Quelles seraient aujourd'hui les conséquences d'un "démontage" de l'euro? Quelques points :

 

1- Un bank run sans précédant des pays périphériques vers le centre de la zone euro. Les grecs, portugais, italiens retireraient leurs avoirs de leurs banques nationales pour les placer à l'abri en Allemagne ou aux Etats-Unis (il s'agit des fameux effets sanctuaires). Exit, donc, les banques commerciales des pays faibles de la zone euro condamnées à la faillite. Exit par ricochet les avoirs des autres banques commerciales détenant des capitaux dans celles des pays périphériques. Un graphe de BBC News est disponible ici (lien BBC News). Il montre quelles banques de quels pays détiennent quelles dettes souveraines. Le constat est édifiant : les banques françaises par exemples sont très exposées à la dette grecque.

 

2- L'explication des taux de change définis par les différentiels d'inflation est quelque peu datée (elle est avancée par Milton Friedman). Or, il est établi que les taux de change entre nations découlent des flux d'échange financiers. Quelques explications ici (Il n'y a toujours pas de crise de l'euro) . Dans l'hypthèse d'un "démontage", les organismes de crédit et autres fonds spéculatifs vont malmener les nouvelles monnaies européennes en mettant en place des arbitrages sur les différentiels de taux d'intérêt. Empruntant là où les taux sont faibles et plaçant là où ils sont plus élevés. De tels mouvements, appelés aussi carry trades, sont aujourd'hui beaucoup plus importants dans la fixation des taux de change que les différentiels d'inflation. En effet, les sommes mises en oeuvre au sein de ces mouvements représentent environ cinquante fois le PIB mondial. (Les marchés dérivés ou comment les arbres sont censés pousser jusqu'au ciel).

Il est donc évident que les taux de change fixés par ce qui restera des partenaires européens seront largement mis à mal par ces mouvements de spéculation et qu'ils obligeront les pays attaqués à faire la même chose qu'aujourd'hui, mais de façon encore renforcée : des programmes d'austérité destinés à freiner la demande intérieure pour ne pas dégrader d'avantage les balances commerciales.

 

3- Il n'y a pas aujourd'hui de crise de l'euro, qui cote au dessus du dollar américain.

Nous naviguons depuis deux ans dans une fourchette comprise entre 1,25 EUR et 1,45 EUR pour un USD. Et encore ces deux valeurs représentent des pointes hautes et basses comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous qui retrace les évolutions de l'eurodollar depuis 2 ans.

 

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Sauf un affaiblissement réel de l'euro, qui le ramènerait sous la parité avec le dollar on ne peut pas considérer que les marchés intègrent de crise. L'euro reste aujourd'hui une monnaie forte.

 

4- Sortir de l'euro ne résoud en rien la question des dettes publiques qui seraient exprimées en référence au dollar américain où à la monnaie des prêteurs. Aucun créancier ne renoncerait à une dette en euros au profit d'une dette en drachmes ou en lires.

 

5- La position allemande : quelle serait la situation de l'Allemagne sans l'euro? Contrairement à ce que dit la vox populi en Allemagne, la monnaie unique est une bonne affaire pour l'économie allemande. La valeur de l'euro par rapport au dollar est tirée à la baisse en raison des pays faibles de la zone euro. Sans ces pays, la valeur de l'euro serait beaucoup plus forte, ce qui grèverait les exportations et la compétitivité allemandes.Aujourd'hui les allemands n'ont aucune raison de sortir de l'euro. Il est beaucoup plus probable, à mesure que l'économie mondiale avancera dans la crise, que l'on octroye à la BCE les mêmes possibilités que celles de n'importe quelle banque centrale : la possibilité de racheter de la dette nationale en lui permettant de créer de la monnaie en contrepartie. Cette solution où la BCE serait autorisée à servir de prêteur en dernier ressort aux Etats membres, consistant de fait à effacer la dette publique par l'inflation est regardée d'un mauvais oeil en Allemagne qui se voit retourner à l'époque de Weimar.

 

Gageons que l'année 2012 qui est celle d'importants refinancements de l'Etat allemand sur les marchés financiers et celle d'un tassement de la croissance européenne et mondiale engendrera une prise de conscience en Allemagne à mesure qu'elle devra affronter des difficultés similaires à celle de la France. Après tout Standard and Poors commence à réfléchir à un déclassement de la dette allemande, comme le montre cette video du journal allemand "Der Spiegel" . link

Par giovani rana - Publié dans : économie
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Mercredi 21 décembre 2011 3 21 /12 /Déc /2011 11:40

L'Ofce publie un rapport pour faire passer un joyeux Noël à tous (et une bonne année aussi, bien sûr).

 

Il est intitulé "Le retour en enfer" et commence par une citation des Clash - Combat Rock. Cette fois-ci tout le monde a compris. C'est par ici : le retour en enfer

 

Comme toujours, les exercices de prospective sont périlleux. Celui-ci l'est encore plus, vu la zone sismique dans laquelle nous pénétrons.

 

Pour faire court : si les pays européens s'entêtent dans les "règles d'or", le choc déflationniste produit sera à l'origine d'une croissance négative partout en Europe, avec une hausse des endettements publics à la clé. Ce scénario n'inclut pas un défaut de paiement de la Grèce qui serait à l'origine d'une aggravation de la situation, avec des faillites bancaires associées au déclenchement des assurances anti-défaut (les CDS). Si cela devait se produire, la situation serait hors de contrôle et l'avenir de la zone euro incertain.

 

Nous sommes loin désormais des prévisions officielles de croissance du PIB français, supérieur à 1%.

 

Par giovani rana - Publié dans : économie
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Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 09:02

Ils ont l'air fatigué les Merkosy. Les pauvres! Ils ont discuté toute une nuit pour rien ou presque.

 

1- Quelles sont les avancées en matière de dette souveraine? Plus de rigueur budgétaire et un FESF toujours aussi inefficace. Comment en effet créer des effets de levier à partir de rien? C'est impossible

2- Du côté des banques c'est différent : la BCE prête de manière illimitée pendant trois ans au taux de 1% (baisse des taux de base décidée hier par le nouveau gouverneur de la BCE). Un filet de rattrapage illimité pour les banques endettées donc.

 

 

Voici un schéma pour nous rappeler les origines de la crise en 2007 : 2008 les subprimes. Nous vivons l'enchaînement d'effets macro-économiques qui nous mènent vers une crise obligataire et un credit crunch.

En principe il suffit de cliquer pour que le schéma s'affiche en grand.

 

  schema-credit-crunch.jpeg

 

 

 

On peut donc considérer que les principaux responsables seront rattrapés une fois de plus et que ce sont les personnes normales qui en feront les frais. Le problème avec le schéma actuel est que chaque enchaînement supplémentaire provoque une réaction de strangulation encore plus forte du couple "Merkosy". Les programmes d'austérité se suivent et se ressemblent, ils ont les mêmes conséquences : la crise s'installe et s'amplifie et très logiquement la dette exprimée en pourcentage du PIB s'envole. La crise n'est plus monétaire et obligataire, elle est réelle.

 

Quelles sont les conséquences à prévoir? Elles vont dépendre de l'intensité de cette strangulation. Tant qu'elle se renforcera nous vivrons une situation à la grecque qui très rapidement concernera aussi l'économie allemande à mesure que se tarira la demande extérieure. La dette s'autoalimentera et on ne pourra la réduire en strangulant davantage. Tout ceci est connu et a été pratiqué de nombreuses fois depuis l'Argentine jusqu'à la Grèce.

 

Seuls des assouplissements quantitatifs pourront enrayer cette tendance, mais elles ne sont pas du goût des acteurs de la branche haute de mon diagramme

Par giovani rana - Publié dans : économie
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Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 14:19

Après s'être intéressés à la dette italienne et autrichienne quelques opérateurs financiers (ne pas confondre "les marchés financiers" avec ces quelques grosses banques) s'intéressent à la dette française et - fait nouveau - à la dette allemande. Le fait a largement été commenté dans la presse : l'Allemagne rencontre des difficultés pour refinancer sa dette (v.  exemple l'Agefi ici link). Ce fait est intéressant ! L'Allemagne, premier élève de l'Europe, vivant actuellement un miracle économique (Wirtschaftswunder) dont le modèle économique sert de benchmark à la France connaîtrait des difficultés de refinancement? Alors que le taux de financement de sa dette sert d'étalon de comparaison avec toutes les autres économies européennes (le fameux "spread" entre le Bund et les autres obligations européennes)?

Plusieurs explications possibles :

  • Le rendement des obligations allemandes est trop bas et il existe des investissements surs avec des rémunérations supérieures (par exemple la France...)
  • Les marchés après avoir "attaqué" la France, s'intéressent au cas allemand qui à bien y regarder n'est pas si rose que cela. Voici sur le Financial Times Deutschland un graphique interactif des niveaux de besoins de refinancement des économies nationales (link). On voit que en 2012 et 2013, l'Allemagne va devoir lever plus de fonds que la France alors que ses niveaux d'endettement rapportés au PIB sont voisins de ceux de la France.
  • D'ailleurs Standard& Poors ne s'y trompe pas et met l'Allemagne sous surveillance négative et menace de dégrader la note française de deux crans. Le poids de la dette va donc augmenter mécaniquement et l'endettement allemand va s'accroître. La "vertu" budgétaire va en prendre un coup.

Contrairement aux personnes qui critiquent les agences de notation, dont ils ignorent tout, il s'agit d'une bonne nouvelle. Les stratégies allemandes vont devoir changer et on va enfin pouvoir passer à la phase que tout le monde attend, la création d'un TARP européen, la seule façon de sortir de cette spirale où les banques provoquent la hausse des taux obligataires.

 

C'est quoi un TARP, au fait? C'est un programme de rachat de dettes "pourries" à grande échelle par les banques centrales afin de soulager ceux qui ont spéculé et produit des pyramides de Ponzi. Le Tarp consistait à l'origine dans le rachat des junk bonds liées aux subprimes par le Trésor américain avec la bénédiction de la FED qui produisait la monnaie correspondante. Un programme d'effacement des dettes à grande échelle donc.

 

La bonne nouvelle donc est que les allemands vont enfin devoir finir par comprendre que leur "miracle" économique n'en est pas un si les pays qui achètent allemand ne le font plus et que les perspectives de croissance allemandes vont redevenir nulles ou négatives comme en 2008. Dès lors l'endettement allemand est couplé à l'intensité des programmes d'austérité des autres pays européens, France en tête. Sans croissance économique, pas de réduction de dettes possible !

 

Sous cette pression, Angela Merkel va devoir obtenir au sein de sa coalition les moyens de mettre en place une politique de rachats des obligations nationales, allemandes comprises avec l'argent de la Bundesbank, de la Banque de France et de la BCE.

Et il sera enfin possible de faire comme toutes les autres nations, effacer la dette par un jeu subtil d'émission obligataires (eurobonds dans notre cas) et de création de monnaie.

Quels sont les risques? L'inflation, dénoncée à corps et à cri, mais les effets inflationnistes seront faibles, vu la déflation en route dans la sphère réelle (effets sur le PIB et l'investissement).

Par giovani rana - Publié dans : économie
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Samedi 29 octobre 2011 6 29 /10 /Oct /2011 21:07

Une fois n'est pas coutume les erreurs comptables se font dans le bon sens. D'accord c'est en Allemagne mais quand même. La comptabilité des dettes de la pire des banques allemandes la Hypo Real Estate, branche immobilière de la Hypo bank, contenait une erreur de 55 Milliards d'EUR. HPE ayant été nationalisée et ses actifs incorporés dans une Bad Bank appartenant au Ministère des finances allemand (FMS Wertmanagement) c'est une bonne nouvelle pour les finances publiques allemandes puisque la dette allemande baisse de 83,7% à 81,1% du PIB.

L'erreur n'a pas été identifiée par l'organisme de contrôle financier ni par FMS - W et il s'agissait dans le principe d'une confusion entre une addition et une soustraction.

 

Il se pose juste un faisceau de questions : comment de telles erreurs sont-elles possibles? Qui contrôle les stratégies des banques? Une banque qui commet de telles erreurs est-elle crédible?

Par giovani rana - Publié dans : économie
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