Certains économistes commencent à militer ouvertement pour une sortie de l'euro, allant jusqu'en préciser les modalités qu'ils qualifient de "démontage".
La réintroduction des monnaies nationales se ferait avec des parités d'échange calculées en fonction du différentiel d'inflation et des échanges extérieurs... sur la base du volontariat des pays intéressés. Volontariat alors qu'échouent les manoeuvres les plus simples comme d'octroyer une dotation de moyens supplémentaire au parachute européen FESF '"Default" ou "monetarize"? 50/50 !
De telles positions- extraordinairement naïves- pourraient prêter à sourire si elles n'étaient pas reprises par la mouvance politique souverainiste.
Une version plus élaborée est mise en oeuvre par la Frankfurter Allgemeine Zeitung qui répond à un concours d'idées lancé en Angleterre sur la façon de sortir de l'euro : elle montre que ce serait faisable mais risqué et coûteux notamment au niveau du risque de faillite bancaire (plus de détails ici : link). Il ne s'agirait pas de revenir aux monnaies nationales, mais de créer des zones monétaires différenciées au sein de l'euro.
Quelles seraient aujourd'hui les conséquences d'un "démontage" de l'euro? Quelques points :
1- Un bank run sans précédant des pays périphériques vers le centre de la zone euro. Les grecs, portugais, italiens retireraient leurs avoirs de leurs banques nationales pour les placer à l'abri en Allemagne ou aux Etats-Unis (il s'agit des fameux effets sanctuaires). Exit, donc, les banques commerciales des pays faibles de la zone euro condamnées à la faillite. Exit par ricochet les avoirs des autres banques commerciales détenant des capitaux dans celles des pays périphériques. Un graphe de BBC News est disponible ici (lien BBC News). Il montre quelles banques de quels pays détiennent quelles dettes souveraines. Le constat est édifiant : les banques françaises par exemples sont très exposées à la dette grecque.
2- L'explication des taux de change définis par les différentiels d'inflation est quelque peu datée (elle est avancée par Milton Friedman). Or, il est établi que les taux de change entre nations découlent des flux d'échange financiers. Quelques explications ici (Il n'y a toujours pas de crise de l'euro) . Dans l'hypthèse d'un "démontage", les organismes de crédit et autres fonds spéculatifs vont malmener les nouvelles monnaies européennes en mettant en place des arbitrages sur les différentiels de taux d'intérêt. Empruntant là où les taux sont faibles et plaçant là où ils sont plus élevés. De tels mouvements, appelés aussi carry trades, sont aujourd'hui beaucoup plus importants dans la fixation des taux de change que les différentiels d'inflation. En effet, les sommes mises en oeuvre au sein de ces mouvements représentent environ cinquante fois le PIB mondial. (Les marchés dérivés ou comment les arbres sont censés pousser jusqu'au ciel).
Il est donc évident que les taux de change fixés par ce qui restera des partenaires européens seront largement mis à mal par ces mouvements de spéculation et qu'ils obligeront les pays attaqués à
faire la même chose qu'aujourd'hui, mais de façon encore renforcée : des programmes d'austérité destinés à freiner la demande intérieure pour ne pas dégrader d'avantage les balances
commerciales.
3- Il n'y a pas aujourd'hui de crise de l'euro, qui cote au dessus du dollar américain.
Nous naviguons depuis deux ans dans une fourchette comprise entre 1,25 EUR et 1,45 EUR pour un USD. Et encore ces deux valeurs représentent des pointes hautes et basses comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous qui retrace les évolutions de l'eurodollar depuis 2 ans.
Sauf un affaiblissement réel de l'euro, qui le ramènerait sous la parité avec le dollar on ne peut pas considérer que les marchés intègrent de crise. L'euro reste aujourd'hui une monnaie forte.
4- Sortir de l'euro ne résoud en rien la question des dettes publiques qui seraient exprimées en référence au dollar américain où à la monnaie des prêteurs. Aucun créancier ne renoncerait à une dette en euros au profit d'une dette en drachmes ou en lires.
5- La position allemande : quelle serait la situation de l'Allemagne sans l'euro? Contrairement à ce que dit la vox populi en Allemagne, la monnaie unique est une bonne affaire pour l'économie allemande. La valeur de l'euro par rapport au dollar est tirée à la baisse en raison des pays faibles de la zone euro. Sans ces pays, la valeur de l'euro serait beaucoup plus forte, ce qui grèverait les exportations et la compétitivité allemandes.Aujourd'hui les allemands n'ont aucune raison de sortir de l'euro. Il est beaucoup plus probable, à mesure que l'économie mondiale avancera dans la crise, que l'on octroye à la BCE les mêmes possibilités que celles de n'importe quelle banque centrale : la possibilité de racheter de la dette nationale en lui permettant de créer de la monnaie en contrepartie. Cette solution où la BCE serait autorisée à servir de prêteur en dernier ressort aux Etats membres, consistant de fait à effacer la dette publique par l'inflation est regardée d'un mauvais oeil en Allemagne qui se voit retourner à l'époque de Weimar.
Gageons que l'année 2012 qui est celle d'importants refinancements de l'Etat allemand sur les marchés financiers et celle d'un tassement de la croissance européenne et mondiale engendrera une prise de conscience en Allemagne à mesure qu'elle devra affronter des difficultés similaires à celle de la France. Après tout Standard and Poors commence à réfléchir à un déclassement de la dette allemande, comme le montre cette video du journal allemand "Der Spiegel" . link


